28/10/2008

Back to black


Il y a les gens qui pensent être le loup, ceux qui pensent être le chaperon, d'autres qui pensent être le chasseur. Et moi que suis-je ? Un chaperon consentant ou un loup qui s'ignore ? Dès lors que la proie est consentante, ne devient-elle pas prédateur ?

Je me défends d'être un chasseur, le rôle de chassé me convient très bien au fond. Peut-on être les deux ? On est toujours mangé par plus gros que soit... ou lorsque la boucle est bouclée par plus petit.

Et parfois l'on se demande, suis-je le chasseur ou le chassé ? C'est enivrant, cette énigme. Plus que le résultat, c'est la chasse qui plait, quand tous les protagonistes jouent le jeu. Je suis un chasseur qui voudrait s'ignorer, un chassé qui se sait épié.

Et tandis que je calculais inconsciemment, je me suis demandé comment toi tu chassais. Pas comme moi en fait, même là nous sommes différents, antipodes complémentaires, un moteur ne tourne que par oppositions successives des forces.

J'attends ma proie et chasse ton image, que je ne me lasse pas d'avoir à mon tableau. Au delà des apparences tu es la belle et je suis la bête, ou l'inverse, qui sait ?

Certainement pas ceux qui ont peur de chasser et d'être chassés, la charogne ne convient pas à la tendresse. Qu'ils nous jugent et se complaisent dans leur peur craintive, peu m'importe. L'homme est un loup pour l'homme, mais que je sois ou non une bête, vêtu de rouge ou de fourrure, le seul apte à juger de moi, c'est toi.

17/10/2008

Souvenirs souvenirs...



Il y a parfois des idées, obsédantes, qui semblent provenir des confins de l'univers pour faire un headshot. On ne s'y attend pas, on est en train de faire un truc complètement sans rapport, et sans aucune raison, paf dantgoule.

C'est ainsi qu'en train de régler des portes d'enclos un peu envahissantes (eh c'est un passe-temps comme un autre), je me suis tout à coup souvenu qu'il y a facilement une bonne vingtaine de jours en passant à côté d'un échafaudage au crépuscule avec un individu que j'identifie maintenant comme l'ami Sylf je devisais à propos d'un recueil de nouvelles intitulé "Le K" de Dino Buzzati et lui parlait d'une nouvelle que j'avais adoré et qui relatait du don d'ubiquité d'une jeune demoiselle.

Cette phrase précédente était imbuvable n'est-ce pas ? Lourde, trop chargée, pas de respirations. Si j'en enchaîne une ou deux encore comme ça, soit vous aurez mal au crâne, soit vous serez obligé de relire l'ensemble plusieurs fois. Mais je n'ai pas trouvé d'autre moyen pour essayer de retranscrire le pavé d'informations qu'un flashback apporte en un instant terriblement infîme. Surtout que ce n'est pas tout.

Car immédiatement mon premier en a généré un second, moi refermant un autre receuil de nouvelles, venant à peine de finir la lecture de cette histoire que j'aime tant, "Les Sabines" de Marcel Aymé, dans un petit livre de poche écorné, "Le Passe-Muraille". J'étais posé sur une chauffeuse complètement déformée, recroquevillé, autour de vieux livres jaunissant. Un hiver, si je me souviens bien. Un des ces après-midi finissants dans lequel la nuit s'était déjà installé. Et la honte d'avoir confondu ces deux ouvrages.

Paf effet en chaîne, "Kiss Kiss", emprunté à une prof de Français du collège en fin d'année, que je ne lui ai jamais rendu. Petit sentiment de honte de m'être attribué ce livre qui ne m'appartenait pas. Pas petit, une dizaine d'année après j'en crève encore de honte en fait. Mais elle était jolie je crois.

Et tout ça sans vous raconter les détails simultanés de toutes ces nouvelles, "Le veston", "La logeuse", les destins de Théorême, Dolfi et autres Stefano. Et Sabine, multiple, dont j'étais le seul déjà en classe à envier le destin tragique.

Si d'aventures vous souhaitiez lire ces histoires, je vais éviter d'en parler ici, mais si il y a bien un personnage duquel je me suis jamais senti aussi proche, c'est bien elle. Je veux dire, il y a énormément de personnages qu'on envie, parce qu'ils sont extraordinaires, qu'ils ont un destin plein d'aventures et d'enjeux titanesques. Mais ce personnage là, je le comprenais implicitement, j'avais énormément d'empathie... pour quelqu'un qui n'existe pas.

Bref, résultat des courses, trop d'informations d'un coup font un beau mal de crâne, tout ça pour une discussion que manifestement je n'ai jamais eue avec le breton...

C'est à en perdre son latin... J'ai pas fait latin... erf

16/10/2008

Le glisseur de la machine à café


Hier matin comme d'habitude je suis allé avec 35 centimes me chercher mon petit café à la machine à café. Un long sucré, toujours.
Ce qu'il y a de bien avec cette machine à café, c'est qu'on peut régler le degré de sucre. Bon comme il est de base sur le maximum et que ça me convient, inutile d'en rajouter, mais j'aime bien appuyer sur le bouton.

Hier matin donc, je suis arrivé devant cette machine, et tout à coup j'ai eu l'intime conviction que si j'appuyais 7 fois sur ce bouton, je passerai dans une autre dimension. Une sensation viscérale, là devant moi, se trouvait le moyen de voyager entre les dimensions.

J'ai regardé le bouton comme un con pendant une minute, et j'ai appuyé 7 fois dessus. J'ai eu la chair de poule, comme un courant électrique traversant ma colonne vertébrale. Et j'ai regardé autour de moi.



Il ne m'a pas semblé que le monde avait changé. Et pourtant peut-être que c'était le cas.
Ce matin j'y suis retourné, et dans le doute, j'ai de nouveau appuyé 7 fois sur le bouton. Toujours ce frisson...

Ok, vous avez le droit de vous moquer...

15/10/2008

Memories



Entendu ça il y a peu... Entendu ça avant aussi. Je crois me souvenir, mais n'y parviens plus. Il me semble avoir dansé avec quelqu'un sur cette chanson... Non ?

J'ai l'impression que certains de mes souvenirs sont des rêves, comment fait-on pour être certain qu'un souvenir est réel ?


14/10/2008

Limbo


Un nouveau jour se lève, s'est levé ou se lèvera, je ne sais même plus pourquoi on appelle ça un nouveau jour, tellement il est semblable au précédent.
Immortel et éphémère, comme moi, immortel jusqu'à demain. Mais j'ai perdu le fil du temps, quel jour sommes-nous ? De quelle année ?

Comme si la vie était une playlist aléatoire, toujours les mêmes morceaux qui reviennent, seul l'ordre change de temps en temps, la surprise sacrifiée sur l'autel de l'aléatoire prédéterminé.
Il manque quelque chose, mais quoi ? J'ai la flemme de chercher cette réponse, cerveau sur pause, je divague, vague à l'âme, off.

Je suis mort je crois, dans les limbes. Rien ne bouge et rien ne bougera plus. Immortel et inutile, jusqu'à ce qu'un vrai demain survienne.

J'aimerai bien rêver, mais si je ne parviens plus à rêver que lorsque je suis éveillé, c'est que je dors, non ? Alors pourquoi ne pas se réveiller... peut-être parce que je ne le peux plus ?


Dreams of loneliness...
Like a heartbeat drives you mad
In the stillnes of remembering
And what you had
And what you lost
And what you had
And what you lost


Thunder only happens when it's raining
Players only love you when they're playing
Women they will come and they will go
When the rain washes you clean you'll know


04/09/2008

Time's up


Il dort, sommeil léger, je le sens à sa respiration, je regarde, j'écoute, et n'ose bouger.
Est-ce que tu sens lorsque je te regarde ainsi ? J'en ai l'impression, tu t'étires, encore tout endormi, et tu m'attires dans tes bras. Tel le bouton rouge d'urgence, tu éteins alors toutes les alarmes, plus de doutes, je suis bien.

Mais c'est l'heure, l'électronique me le rappelle cruellement, j'éteins le réveil et retourne me nicher juste encore un peu dans tes bras.

"Tu vas être en retard" Et alors ? J'ai toujours l'impression d'être en retard de toi. Mais il faut y aller alors je m'exécutes, fusillé par le temps qui passe. Je m'habille rapidement en te regardant.
Ils dorment, sommeil léger sûrement, puisqu'en descendant les escaliers, j'entends se poser sur le parquet un pied maladroit, en direction de la salle de bain où ce matin je me suis surpris à sourire, en regardant nos deux brosses à dents dans le même verre.


02/09/2008

Unstolen Jewel

Faraway promise


Septembre arrive, noie un été trop vite passé. Le temps a accéléré et m'éloigne toujours plus de ce que j'aurai pu être. Il file entre les doigts comme l'air lorsque l'on passe sa main par la fenêtre d'une voiture en mouvement. Impalpable.

Le décor est flou, alors on essaye de fixer les détails, le blé qui s'est échappé du champ, le coquelicot frêle et fier. Mais on n'y parvient pas, et nos yeux ne nous apporte que des images vagues et cotonneuses.
Et l'on se sent vide. Pas mal ni bien, mais mal de ne pas être tout à fait bien. Incomplet.

Vivre le quotidien avec des choses qui brillent par leur absence, mais le voleur qui les a dérobées s'est aussi barré avec leur souvenir. Je me sens fantôme, immatériel. Ailleurs.

Derrière cet écran d'ordinateur froid, bougre, sinistre et moche, je suis un peu mort ce matin. J'ai dit au revoir encore une fois à ce petit bout de moi dont je ne parviens pas à faire le deuil. Ce petit bout de moi, vaillant, que je persiste encore et toujours à donner aux autres. Fatigué.

Ca fait mal et ça fait rien, poupée rangée dans la commode, je reste en vue pour rester un peu en vie. Ce n'est pas encore aujourd'hui que je finirai dans un carton de la salle 14. Je reste un souvenir vivant. Même si je laisse aux autres le soin de se rappeler de moi. Accessoire.

L'automne ne s'annonce pas trop mauvais cette année, la Toussaint approche, les morts reviendront voir les vivants parait-il, ça tombe bien, j'ai deux trois bouts de moi à ressusciter. Y a pas quelqu'un dans la salle pour m'appeler trois fois ? J'ai une rentrée à louper.


10/07/2008

In my mind

Toc toc toc

Le mur semble vibrer sous ce son incongru, qui peut bien frapper à cette heure-ci ? Personne, je le sais. Embrumé par le sommeil, je me joue des tours, et en attendant de sombrer, la pendule se fige sur l'heure zero. Le rêve, je m'en aperçois maintenant, a peut-être pris fin il y a déjà un moment. Pourquoi ? A quel moment la situation a-t-elle basculée ? Ou peut-être n'est-ce qu'une illusion ?

Toc toc toc

Qui est là ? Une idée perverse, trouble et sans forme, une de ces idées qui vous retourne le crâne, et qui, lancinante, harcèle ma conscience. Idée parasite, tentaculaire, qui viole tout. Idée destructrice, qui sème le doute partout où elle passe, qui salit tout.

Toc toc toc

Hallucination auditive, ou manifestation du doute qui croît. Les mots en boucle résonnent là ou la raison se suicide. Hésiter entre le rêve incertain et le raisonnable, là où au fond il n'y a pas d'hésitations à avoir. S'enchevêtrer encore, encore et même plus dans la toile d'une araignée fantôme, sentir ses tripes se tordre au fil d'un cheminement funeste.

Toc toc toc

Se réveiller et se dire que le courant, qu'il soit calme ou impétueux, nous mène toujours quelque part. Avoir confiance en un avenir de sable, au beau milieu d'une tempête de sentiments, faux et vrais, vrais et faux, sens dessus dessous. Tenter de préserver dans ce foutoir toutes ces fragiles petites lumières, belles et minuscules promesses endeuillées.

Toc toc toc

Hurler dans sa tête, pour que cesse ce manège qui ne ménage rien, pensées à plusieurs vitesses, tout file tellement vite dans la tempête que les idées elles-même s'effritent. Le fait même de réfléchir n'a plus de sens, tellement ridicule que le rire jaillit, fou, douloureux.

Toc toc toc

Le loup est là. Face à l'homme vaincu l'animal prend le dessus, mais l'instinct est lui aussi faussé par les bribes d'humanités, encombrantes. L'armure du chaperon, ce dernier l'a brisée lui-même pour se jeter dans la gueule de la bête. Au final elle n'aura servi à rien.

Toc toc toc

Tire la bobinette et la chevillette cherra ! Mais personne n'entre. Juste un parfum dans la pièce, que le temps efface peu à peu. Peur, j'ai peur, si peur d'oublier, si peur d'avancer, peur de regretter, peur de faire mal, peur de blesser, peur de souffrir, peur de reculer, peur de rêver, peur de me tromper, peur de stagner, peur d'être sans toi, peur d'être avec toi, peur de me perdre dans toi, peur de me perdre sans toi, peur d'être un obstacle sur ton chemin, peur de t'aimer, peur de moi, peur de lui, peur de vous, peur de tout.

Toc toc toc

J'ai ouvert la porte à un parfait inconnu, et c'est moi.

06/07/2008

Incubus


Reflet sans teint, le miroir renvoit l'image blafarde d'un sans vie. Le sang palpite pourtant encore dans ce corps, sang noir, sans âme, que des fragments.



Machine qui rêve la vie, mais n'en a pas l'usage, en a-t-elle au moins l'utilité ? Une goutte sombre perle sur la lèvre, et s'écrase sur la faïence blanche du lavabo sans le moindre son. Choc des réels, pour assouvir dans la nuit ce que le jour ne peut encore donner.



Sang tâche, sans douleur, sensation de se libérer et pourtant de s'enfermer toujours un peu plus.



Briser les sceaux, les cercles, et tout le reste... non. Rattacher le grelot, se redonner un numéro, et attendre l'évocation d'une existence en demi-teinte. Rêver la vie, et laisser aux autres le soin de donner la matérialité, la consistance. Leur laisser entrevoir une fois encore une âme qui n'est que le reflet déformé de la leur. Et se sentir réel, juste le temps du pacte, avant de retourner dans le néant.


04/07/2008

Lea Halalela

Fatshe leso
Lea halalela

Uli-buse le lizwe
Izwe lethu
Mhlaba wethu
Uli phathe Kahle
Izwe lethu
Izwe lehtu

Uzo libusa
Le lizwe
Uli buse kahle
Uzo libusa
Le lizwe
Le lizwe

Fatshe leso
Lea halalela

Uli-buse le lizwe
lzwe lethu
Mhlaba wethu
U'zuli qondise
Izwe lethu

Fatshe leso
Lea halalela

Khuluiwe Sithole

24/06/2008

Nature profonde


Il était une fois, dans une nature pénarde où les bêtes parlent toutes un français délicat, un scorpion qui avait en projet de traverser une rivière...

Il s'adresse alors à une grenouille postée non loin, au bord de l'eau:

-Bonjour Grenouille, ne pourrais-tu me transporter sur ton dos de l'autre côté de cette rivière, s'il te plait ?
-Si tu savais comme ça m'éclate de rendre service, amical scorpion, mais ne vas-tu pas me piquer une fois juché sur mon dos ?
-Pas d'inquiétude, généreuse et prudente grenouille, pourquoi te mettre à mort puisque la noyade serait ma seule récompense, au milieu de cette rivière ?

La grenouille s'en trouva convaincue et invita le scorpion sur son bât, puis commença la traversée...

Arrivée en son milieu, elle ressent le dard assassin lui transpercer sa chair caoutchouteuse, se tordant dans ses douleurs dernières, au milieu des eaux bouillonnantes de ce cruel naufrage, elle ne peut retenir, ultime, une question au scorpion qui arrête alors de regarder ailleurs en faisant semblant de se concentrer sur sa mort lente, à lui aussi, comme si leurs sorts ne furent jamais liés...

-Pourquoi ! Pourquoi me tuer et laisser la mort t'entrainer à ma suite, scorpion dont les contradictions seront sans doute au cœur des pensées de mes derniers instants, alors que j'aurais préféré pleurer en silence l'abandon de ma grenouillette et mes petits grenouillons ?

Crachotant l'eau qui lui emplit la bouche, emporté vers le fond par le poids de son squelette externe, un peu occupé à penser, lui, aux bons moments de sa vie terrestre, il parvient néanmoins à lâcher, dans un dernier souffle, une de ses répliques philosophiques dont il a le secret :

-Parsque c'est dans ma nature !!!...

Version revue et corrigée par un illustre inconnu
de la fable du scorpion et de la grenouille


11/06/2008

Soon salvador

La vitesse me grise, tandis que les petits pixels blancs de la poudreuse s'écrasent sur mon visage. Le froid mord ma gorge à chaque respiration, et le décor défile, vite encore plus vite, si vite. Le temps ne compte pas, tout défile, décor, sons, visages, souvenirs, la fuite en avant s'accélère, et j'ai à peine le temps de regretter ce paysage dont je ne profite peut-être pas assez. Pensées volatiles, elles ne se fixent pas, emportées par les flocons. Suivre la piste fixée, avec le risque croissant à chaque virage de partir dans le décor, se donner l'impression de contrôler, en sachant pertinemment qu'à cette vitesse, le moteur du cœur s'emballe, une embardée et c'est tout le paysage qui se fige. Temps sans gravité, où alors une simple vérité, inéluctable, traverserait un esprit en paix. Pas de panique, une sérénité qui fait froid dans le dos du spectateur. Cette évidence glacée qu'on pourrait traduire par "je vais mourrir, c'est con, mais c'est pas si grave" tandis que l'atlas traverse le champ de vision, et que le son diffus par la pensée remonte lentement en puissance. Contact.

Ouvrir les yeux. On ne s'en rend pas compte encore, mais la vie est partie, une autre est là. Colère, incompréhension, la vérité n'en était pas une, et reprendre de la vitesse, maintenant tout de suite. Garder en tête cet instant où tout était clair, si clair, et où l'on se sentait délivré... un peu morveux, mais délivré. Mais ne pas le retrouver, pas tout de suite, essayer de reprendre cette vie qu'on a abandonnée, qu'on nous reproche d'avoir abandonnée. Mais une vie c'est fragile en fait, c'est un petit commutateur à usage unique, et pouf, OFF. Alors puisqu'on est toujours là avec ce moteur qui ne nous appartient plus, prendre le niveau suivant, délaisser le matériel inutile, pas besoin de carburant, quand le mort est vivant.



29/05/2008

Grace Omega

C'était une petite fille qui voulait se rendre chez sa mère
car elle ne l'avait pas vue depuis sept ans.

On l'habilla de fer en lui disant :
"Tu iras chez ta mère une fois ton vêtement usé".
Alors la fillette se frotta contre les murs
jusqu'à ce que son armure se déchire.

Après avoir rempli son panier de beurre, de fromage
et de pompe elle s'en fut. A la croisée des chemins,
elle rencontra un loup.
Il lui demanda où elle allait, quel chemin elle comptait prendre :
"Le Chemin des Epinglettes ou celui des Aiguillettes ?"
"Le Chemin des Epinglettes", répondit l'enfant.

Le loup prit le Chemin des Aiguillettes, se rendit chez la mère
de la fillette, la dévora, puis mit de côté sa chair et son sang.

La fillette, arrivée à la maison, s'exclama :
"Mère ! Ouvre-moi la porte !"
Le loup l'invita à entrer mais, comme elle n'y parvenait pas,
elle passa par un trou.
"Mère, j'ai faim."
"Prends la viande et mange-la" répondit le loup.
De la chatière, un gros chat s'écria :
"Tu manges la chair de ta mère ! " Le loup rétorqua :
"Jette-lui ton sabot, ma mie. Jette-lui ton sabot".
La fillette s'exécuta.

"Mère ! J'ai soif ! "
Le loup lui conseilla de boire, et,
Tandis que l'enfant buvait, un oiseau dans la cheminée siffla :
"Tu bois le sang de ta mère."
Le loup répliqua : Jette-lui ta coiffe, ma mie. Jette-lui. "
La fillette fit ce qu'on lui dit.

"Mère, comme j'ai sommeil" soupira-t-elle enfin.
Et le loup de répondre :
"Viens te coucher près de moi"
Une fois dans le lit, à la vue du corps de sa Mère,
la fillette s'étonna :
"Oh ! Mère, ces grands ongles que vous avez !"
-"C'est de vieillesse, ma mie, c'est de vieillesse",
répondit le loup.
-"Mère, ces grands cheveux que vous avez !"
-"C'est de vieillesse, ma mie, c'est de vieillesse",
-"Mère, que vous avez de grandes dents !"
-"C'est pour te manger, ma mie."

Et le loup dévora l'enfant...


(Version orale du Petit Chaperon Rouge recensée en 1870
par Jean-Baptiste Victor Smith de la bouche d'une enfant
de 10 ans de Vorey en Velay (Haute-Loire).

赤頭巾



Se he melpt he le heus
Tre he melpt o pridi
Lingu ni he fe he me
Tre he melpt godi

Ste he melpt he le heus
Tre he melpt o pridi
Lingu ni he fe he me
Tre heus o prishid godi

Eta li hapru
Esta mi langu
Oh fabi atshiius
Gofria kruhemen entu

Se he melpt he le heus
Tre he melpt o pridi
Lingu ni he fe he me
Tre he melpt godi


27/05/2008

Radical Dreamers

Autres temps, autres lieux, dans des villes dévastées, dénuées de vie, les tours en ruine pleuraient déjà l'absence. N'était présents que le vent, et des artefacts rappelant les traces des êtres qui vivaient là.

Le décor d'alors interpelait par la violence du chaos qui avait frappé ces lieux, comment les cieux avaient distillés l'apocalypse, minant les fondations de tout ce qui aurait pu être, et qui ne serait jamais. L'enfant d'ici avait créé Babel, et tendait vers le ciel de toutes ses forces, mais c'était sans compter la jalousie du Père qui, effrayé de voir malmenée sa toute puissance, détruisit, rageusement, avec désespoir presque, tout ce qui aurait pu servir de point fixe dans l'espace.

Ce jour là dieu devint mortel, et l'enfant blessé disparut, son esprit dissous dans toutes ces langues qu'il ne comprendrait jamais plus.

Et puis il revint. Peu de temps était passé, mais l'enfant aux yeux désormais assombris, qui avait laissé échappé sa seule porte de sortie, était là face à son monde jadis chéri. Envie de reconstruire, besoin de conserver, le changement, effrayant, le poussa à laisser les ruines le hanter. Monde suspendu dans l'éternité, pâle bonheur de revivre des instants qui jamais n'existeront de nouveau, l'enfant grandissant ne s'aperçut pas à temps que le temps n'appartenait à personne. Et quand il vit les bâtisses s'effriter, devenir sable, en même temps que palissaient ses souvenirs maintenant diffus et imprécis, il découvrit son monde devenu désert. Sahara de rêves devenus poussières, de souvenirs inconsistants, tout ce qu'il touchait dans ce monde stérile ne conservait aucune forme, aucune trace. Il croisa une image de vieillard repentant, et même si l'enfant n'éprouvait plus de haine, l'image s'estompa, bannie depuis si longtemps déjà.

Laisser sa marque, rebâtir, la mission lui semblait impossible. Mais après tout il lui restait encore tant de temps devant lui, que même si ce ne serait jamais que des châteaux de sable, cela suffirait à son bonheur, à condition cette fois de redevenir sable avec eux, lorsque le vent se lèverait de nouveau, redevenir un petit grain et retrouver l'immensité de ce qu'il fut jadis. A jamais.


Broken mirror, a million shades of light
The old echo fades away
But just you and I can find the answer
And then, we can run to the end of the world
We can run to the end of the world



23/05/2008

Phobie ordinaire

Quand cela a-t-il commencé ? Je n'en ai pas la moindre idée. Et pourtant, malgré le climat de bonne volonté qui sincèrement réchauffe toujours un peu le coeur, ça fait mal.

Dernièrement, en entrant dans le métro parisien, bondé comme d'habitude, il y avait un papa et son fils, et probablement l'oncle avec eux.
Ils étaient plutôt jeunes et jouaient avec le gamin. Le jeu c'était de se faire des bisous. Un sur chaque oeil, puis ils louchaient, un sur chaque oreille, puis ils tiraient dessus. Un sur le nez, qu'ils frottaiten ensuite, puis un sur la bouche, et ils s'essuyaient très vite en criant "Cacaaaaaaaaaaaaaa" et en faisant la grimace.

C'était vraiment mignon, et tout le monde dans le métro souriait à la vue de cette scène. Au final c'était que de l'amour. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

C'est comme entendre au quotidien pd, tapette, tafiole... Parfois c'est insultant, parfois ça ne l'est pas. Parfois c'est pour faire mal et parfois juste pour rire entre amis. Mais toujours ça induit implicitement un échelonnage, qui rappelle immédiatement que dans ce grand pays qui fut le pays des droits de l'homme, je suis encore un homme diminué, et encore un sous-citoyen.

20/05/2008

Petite histoire d'A

Il y a 4 ans et 2 jours, je débarquais à Lille pour fuir mes histoires artificielles, ma solitude réelle.
Il y a 4 ans et 2 jours, un mec à qui j'avais à peine dit bonjour m'embrassait sur un parking.
Il y a 4 ans et 2 jours, j'ai recommencé à sourire un peu.
Il y a 4 ans et 2 jours, ma vie devint carnaval, et même les insultes pourtant fréquentes glissaient sur nous.
Il y a 4 ans et 1 jour, une femme de ménage a refermé une porte plus vite qu'elle ne l'avait ouverte.
Il y a 4 ans et 1 jour, la tenancière de l'hôtel nous a fait remarquer qu'il n'était pas prévu qu'on passe la journée dans la chambre.
Il y a 4 ans et 1 jour, on s'est promené dans un parc avec de jolies sculptures, mais je ne faisais pas attention à l'art.
Il y a 4 ans et 1 jour, on s'est dit que ce n'est pas parce que c'était une rencontre horizontale qu'on devait appeler ça un plan cul.
Il y a 4 ans, Lille m'a paru tellement belle.
Il y a 4 ans, ce sont plutôt mes fesses que la ville que tu regardais.
Il y a 4 ans, je n'avais pas vraiment envie de partir.
Il y a 4 ans, je suis parti quand même, avec ce petit mal au coeur qui me criait "T'es trop con !"

Mais tu vois, je suis revenu. Je regrette pas.


19/05/2008

Neon

Maintenant que le calme est revenu, dans ma sphère un peu vide je ressasse ce moment, où ma main tel un soupir a éteint Saturne, Mars, privant de lumière les lunes qui dans un jadis incertain ont éclairé Mobys et Grendel. La seule lueur restante, irriguant subtilement l'espace, le bleu, vif, tranchant, appelait, je m'en souviens, la peau à frissonner.


Sans un souffle pourtant, je survolais à l'instant de tendres paysages, en bleu, que du bleu, un bleu qui brûle par son froid, un bleu haletant, qui faisait se débattre les arbres, se courber les montagnes, vibrer les ombres et dans les nuages les dissimuler, pour ne laisser apparaitre que la surface d'un monde égocentré qui ne m'appartient pas.

Nul besoin d'ailes pourtant pour voler, parmi les étoiles je flottais, rebondissant contre l'abrupte continent qui se protègeait du bleu. Et enfin, quand la brûlante lueur a cessé de contraindre la terre, dans un ciel un peu lourd où les étoiles une à une se réveillaient, riaient silencieusement un homme jeune et un jeune homme.

Et j'ai éteint la lampe.